Maison du Coeur-de-Lion

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 [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde

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Kiel
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MessageSujet: [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde   Mer 15 Aoû 2012 - 11:44

Quelques heures après la rencontre décisive avec Ethan Lionheart.

Alsrick battait le pavé des villages qu'il avait traversé, sous des temps changeants, avec sur ses talons, un, puis deux, puis plusieurs personnes à la réputation douteuse. Pour une fois, Alsrick n'avait pas choisi de mettre sa tenue de mage de l'obscur. Il s'était habillé comme un voyageur, ni trop riche, ni trop pauvre. Sur ses pas, venait une jeune femme, un vieil homme et un nain à peau sombre, tous vêtus de manière à ne pas attirer l'attention sur eux. Elspyth Drevan, une sorcière, Eirin Ranson, prêtre des ombres, et Daldruuk Noirétançon, un Sombrefer spécialisé dans les âmes. Tous trois connaissaient Alsrick, et tous trois s'étaient laissés convaincre par cette possibilité d'accomplir une grande chose, et de gagner beaucoup dans cette affaire, au lieu de faire de pitoyables tours sur les places publiques pour récolter peu de pièces et beaucoup de rancoeur. Les glauques ruelles du Montebourg correspondaient bien à leurs occupations, et s'accordaient parfaitement à leur humeur. Les trois autres n'étaient pas connus ici, ce qui parachevait leur déguisement de passants. Il ne restait qu'un seul personnage à venir tenter ici, un néantomancien qui se cachait sous une fausse identité d'attrapeur de rêves et astrologue.Vincent Lyran. Les quatre sorciers finirent par découvrir son échoppe, et s'y engouffrèrent pour se soustraire au vent, et seulement au vent. Les curieux n'y auraient vu que des badauds se rendant chez Lyran pour se faire soustraire quelques pièces en échange de racontars bateau.

Ils finirent par en ressortir, cette fois accompagnés du tenancier, qui hochait frénétiquement la tête, faisant voltiger ses mèches grasses et blondes sur son visage couperosé. Tous prirent une monture et s'éloignèrent ensemble, faisant la causette, comme n'importe quel groupe d'aventuriers. Droit vers le sud.

La vieille bâtisse qu'ils avaient fini par retrouver aurait bien eu besoin de réparations, le toit semblait avoir disparu au fil des saisons, les murs branlants et en piteux état, et le sol où la terre battue avait remplacé le parquet, offrant aux souris et autres créatures des champs des hautes terres un refuge acceptable. Tous se mirent au travail, le nain en grommelant qu'une caverne aurait été plus à son goût, mais s'apprêtant à bâcher les poutres pour se donner un abri, Ranson et Lyran s'occupaient de remettre en état les pièces à vivre, et Drevan, elle, déchargeait les chevaux de lourdes sacoches contenant de précieux ouvrages, de précieux oiseaux et de non moins précieuses vivres. Alsrick, lui, observait tout cela, ressentant une curieuse sensation, celle du pouvoir. Il commandait, lui, un obscur gratte-papier passé à l'Ombre, et cela était merveilleux. S'il menait à bien sa mission, peut-être qu'il en aurait plus. Sa mission ... en réalité il n'avait pas le moindre début d'idée, et comptait s'en remettre au bon vouloir de ses compagnons, et à leur savoir. Il se saisit d'une plume, d'un encrier et d'un petit rouleau de parchemin, où il écrivit quelques mots, l'infusa de son pouvoir et attacha la missive à un pigeon voyageur. Direction le Fort du Lion, et uniquement son maître. Nul autre que lui pourrait le lire.

"Pour Lord E.L. Equipe formée, installation réalisée, recherches vont commencer dès demain. Ce message se détruira par l'Ombre dès que vous en aurez pris connaissance. A.M"

_________________
"L'Archange Corwin passera avant la tempête avec des éclairs sur la poitrine. Quand il lui sera demandé où il va, il dira : "Aux extrémités de la Terre." où il se rend sans savoir quel ennemi l'aidera contre quel autre ennemi, ni qui la Corne touchera".
Roger Zelazny, Cycle des Princes d'Ambre, V
Kiel Reginald Bransian d'Althain, Duc d'Aiglepic, Seigneur Coeur-de-Lion.


Fingal d'Althain, héritier d'Aiglepic, fils illégitime de Kiel.
Juran Aubeciel, Evêque de Castafol-Aiglepic.
Erisdar d'Amblerash, Chancelier d'Aiglepic.
Renver Winterlake, Archonte du Renver.
Alistair Wakefield, docteur, alchimiste, apprenti ingénieur, aventurier doux dingue, allié des Valenfleur et des d'Althain, indépendant.
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MessageSujet: Re: [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde   Dim 19 Aoû 2012 - 11:37

Alsrick était atterré. Il avait proposé son plan d'action, une merveille, à ses compagnons, et tous avaient ri ! Durant une longue minute, ils n'avaient cessé de se moquer de lui et de son ignorance en matière de Néant, jusqu'à ce que la morsure des Ombres invoquées par le sorcier les ramènent à de meilleurs sentiments. A tour de rôle, ils avaient expliqué la bonne marche à suivre. Utiliser un esprit fort pour l'obliger à se plonger dans le Néant pour aller chercher le sujet et le tirer de la dimension démoniaque. Les détails techniques volaient, jusqu'à ce que Ranson les coupe, de sa belle voix parcheminée d'ancien prêcheur devenu prêtre des ombres :

_ Nous devrons utiliser une âme très forte, et liée à votre sujet, cher Alsrick, l'asservir afin qu'elle retrouve sa proie ... immanquablement. Et du peu que je sais, le sujet n'avait pas beaucoup de relations, surtout fortes, avec quelqu'un. Néanmoins, il existe bien un homme qui a partagé sa vie, durant quelques mois. La dame avait une âme damnée qui exécutait ses ordres, un chien de garde fidèle. Le seul d'ailleurs qui ait consenti à la servir. Ledit chien de garde qui est actuellement mort, mais dont l'âme subsiste, quelque part dans une pierre, après son exécution dans les murs du manoir de Castelrouge.

Tous avaient alors frémi, car ils savaient à qui Eirin faisait allusion. Ils allaient de leur commentaire, arguant qu'un tel homme ne serait pas domptable, et que leurs têtes allaient tomber si quelqu'un au Fort du Lion ou sous les ordres d'Ethan apprenait que les cinq conjurés allaient se servir de l'âme d'un ennemi de la maison Lionheart. Ce à quoi Ranson avait répliqué :

_ Nul ne sert de s'inquiéter. Nous ne sommes que cinq, et je n'ai jamais prononcé son nom maudit. Et toute personne est domptable, quelque soit sa puissance et sa résistance. Nous le dominerons, et il accomplira son oeuvre.

Alsrick reprit la parole, sentant son autorité s'effriter.

_ Nous irons à Castelrouge alors, pour interroger le personnel du manoir ... s'il en reste de son époque à lui. Il aura forcément une piste pour nous aider.

Ils acquiescèrent, et se mirent en route, leur abri dissimulé sous des toiles d'illusions.

_________________________________

Ils revinrent avec un nom, un grade et des maux du corps d'avoir tant chevauché. Ils avaient trouvé ce qu'ils cherchaient en Halbourg, une vieille servante qui avait connu l'ancien maître et son confident.

Le héraut ambassadeur Erisdar d'Amblerash. Ils le trouveraient bien assez tôt.

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MessageSujet: Re: [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde   Mar 21 Aoû 2012 - 13:44

En fin d’après-midi, aux alentours du Comté-du-Bois, ils l’avaient repéré. D’Amblerash, un vieil homme digne et grave, moustache blanche vaporeuse et cheveux plaqués contre son crâne veiné de bleu, vêtu simplement, comme un voyageur qui entamerait sa dernière odyssée. L’ennui, c’est que lui aussi les avait repérés, malgré les illusions qui détournaient les regards curieux. La chasse avait alors commencé, à cheval à travers les plaines et les forêts au sud du Comté. C’était Alsrick et Lyran qui rabattaient la cible vers un bosquet de chênes, claquant les rênes de leurs coursiers, soulevant des tourbillons de poussière et de terre, conservant leur écart sur Erisdar qui savait que sa monture était plus fraîche et donc plus rapide. Il accéléra, tendu vers son objectif, le bosquet, d’où il pourrait aisément se défendre contre ses poursuivants, dont il n’apercevait que des capuchons sombres et des robes claquant au vent de leur course. Il ne lui vint pas à l’esprit qu’il faisait exactement ce qu’ils avaient prévu. La monture sauta le tronc d’arbre abattu à la lisière de la forêt …

… Daldruuk, Elspyth et Ranson s’occupaient comme ils pouvaient, les pièges et les sorts déjà en place, ils se tenaient près d’un amas de rochers, dissimulés à la vue de ceux qui passeraient le tronc d’arbre qu’ils avaient mis en place. A voix basse, les parties de dame rouge s’enchaînaient, un jeu de dés et de pions populaire en Castelrouge, que tous trois connaissaient, et dont ils étaient friands. Eirin s’apprêtait à faire ses annonces en pointeligne quand une alarme résonna silencieusement près de leur abri, les avertissant que la cible n’était qu’à quelques minutes d’eux. Ils abandonnèrent le jeu, Daldruuk ronchonnant à propos de son excellente chance qui s’envolait, et se placèrent à leurs postes, prêts à intervenir pour capturer l’oiseau rare. C’est à cet instant que le premier cheval passa leur obstacle improvisé …

… Quand on passait ledit obstacle, on atterrissait au sein d’une petite clairière débordante de magie, selon un axe nord-ouest sud-est, un amas de rocs égarés par quelque moraine glaciaire se tenait au nord-ouest, et du reste, elle était ceinte par un rideau d’arbres forts et épais, agissant comme un piège naturel. Débordante de magie comme dit précédemment, on la sentait crépiter dans les airs et sur sa peau, et au sol, entre les fleurs et les fougères, on y devinait des entrelacs délicats de runes et de glyphes. Ce fut ce qu’Erisdar nota en premier en passant, cette magie dans l’air, puis un vieux au fond, en robe noire qui lui souriait. Après, il n’eut plus vraiment l’occasion de contempler le calme apparent du lieu, ou de se poser la question de la présence de l’homme. Les lignes et les marques s’activèrent en même temps, emprisonnant le cheval et son cavalier dans un réseau serré et dense de filaments ombrés solides. Le vieillard chuta lourdement à terre, sa monture devenue folle de terreur par la prison d’énergie brillante l’ayant désarçonné et manquant plusieurs fois de l’écraser. Elle finit par donner un coup d’antérieur dans le mur, ce qui la fit basculer de côté, dans un éclair punisseur, haletante, paralysée. Il se releva lentement pour voir le visage de ses agresseurs, à coup sûr des réprouvés ou des soldats du Lion. Daldruuk sortit de derrière les rochers, Elspyth du couvert des arbres, et Eirin s’avança vers Erisdar, un sourire affable sur ses lèvres fines et ridées. Derrière lui, il entendit vaguement ses poursuivants mettre pied à terre, non, pas poursuivants, mais bien rabatteurs. Il se retourna pour voir deux hommes, l’un blond et imberbe, au teint rouge et amical, l’autre brun et barbu, affichant sans gêne qu’il était chef de ce groupe étrange, et le contemplait, pensif, avant de s’exprimer sur un ton doux et tranchant.

_ Erisdar d’Amblerash, c’est une joie de vous rencontrer … enfin. Nous avons entendu parler de vous, de votre office, et nous serions enchantés que vous partagiez avec nous vos secrets. N’est-ce pas ?
Erisdar frissonna au sourire de son interlocuteur, qui semblait prendre la pose, sous le regard admiratif de la jeune femme aux cheveux auburn et habillée d’une tunique et de chausses masculines. Il devait faire tourner bien des têtes en ville, celui-là …
_ Vous devez faire erreur, je ne suis pas cet homme …
Sa voix tremblait ! Il devait absolument se ressaisir, sans quoi il était perdu ! Et son savoir avec lui. Le brun reprit, coupant l’air de sa main gantée.
_ Nous savons tous qui vous êtes, nous vous avons pisté durant deux jours, et enfin nous vous prenons dans nos filets …Mais il n’y a rien à craindre de nous, si vous nous dites ce que nous cherchons …
A ces mots, il baissa sa main et dessina quelque chose dans les airs, peut-être une rune de commandement, aux yeux d’Erisdar. Des tentacules d’Ombre se matérialisèrent depuis une série de glyphes disposés dans toute la surface de sa prison, s’enroulant autour du corps maigre du mage, le laissant bras en croix, et l’étouffant ce qu’il fallait pour l’empêcher de jeter un sort. Et lui infligeaient d’atroces souffrances en le vidant de sa magie. Leur leader fit à nouveau un geste, cette fois-ci en direction de la jeune femme, qui s’approcha d’Erisdar, passa sans dommage aucun la barrière ténébreuse et piqua dans le cou du vieux une aiguille d’os. Il s’effondra quasiment instantanément, seulement maintenu par ses liens, ressemblant à un pantin désarticulé. Le nain le chargea sur un cheval, celui du maître du groupe, et tous ensemble prirent le chemin du sud, effaçant d’une main la prison et les runes de pouvoirs, et de l’autre leur piste à travers les champs et les chemins.

_____________________________________________________

Au-delà des collines et bien plus loin encore …
L’Albatros contemplait les plaines dorées par le soleil estival, argentées sous la clarté des deux lunes. Les étoiles naissaient une à une, et cela le fascinait toujours autant depuis qu’il était en âge de comprendre puis de les nommer toutes. Derrière lui, le grondement lointain de la cascade qui se jetait non loin du viaduc de Thandol offrait un contrepoint de basse aux chants des grillons et des engoulevents qui résonnaient dans les bois alentours.
Il méditait assis sous ce ciel nordique, offrant aux rayons lunaires son visage élégant, à la barbe finement taillée, son œil gauche révélé scintillant doucement dans la nuit de son éclat doré. Il portait toujours son pendentif, cadeau d’un ami, qui ce soir-là scintillait un peu plus fort, l’étincelle en son centre ressemblait à une petite flamme bleu glace.

Droiture, justice, encore et toujours il serait ainsi, haute morale dans le milieu.
Equilibre, plénitude, ouverture. Harmonie. Toujours.


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MessageSujet: Re: [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde   Mer 22 Aoû 2012 - 14:10

Erisdar se réveilla en sursaut, assis sur une chaise, souffrant horriblement de la brûlure de l’ombre de ses liens dans son corps. Il se sut immédiatement attaché, ligoté, saucissonné à sa chaise, et les yeux bandés. Il remua instinctivement. Ou essaya, la souffrance qui le tenaillait venant d’exploser sur chacun de ses nerfs à vif. Il gémit, et ce son ramena son ouïe à la normale, brisant la bulle de silence. Evoquer la magie. Se libérer. Il voulut. Une simple flammèche pour ronger les cordes qui l’entravaient. Juste …
La migraine la plus terrible lui ravagea à cet instant précis son être, comme des vagues de feu liquide qui lui couleraient dans les veines, et la sensation atroce, terrible, que sa propre peau brûlait, au lieu de la cordelette. Erisdar hurla.

Le cri ameuta les sorciers qui se rassemblèrent autour de lui, l’observant se convulser sur sa chaise, murmurant entre eux. Finalement, Alsrick prit la parole.
_ Appelez encore une fois la magie à votre secours, mage, et vous perdrez connaissance, le cerveau quasi-liquéfié par la douleur. Si vous vous montrez raisonnable, il n’y aura pas de souffrances.
Grognements mouillés, puis un chuintement d’assentiment. Il reprit, sûr de lui, faisant voleter sa queue de cheval sur ses épaules alors qu’il faisait théâtralement les cent pas devant leur prisonnier.
_ Nous savons tout de vous. Nous savons ce que vous êtes, ce que vous avez été. Nous savons tout de votre histoire et de vos petits secrets de gamin. Mais nous cherchons quelque chose que vous connaissez, et dont nous ignorons l’emplacement. Vous êtes d’accord ?
_ … Je ne vous dirais … jamais ce que vous voulez !, éructa Erisdar, encore sonné par sa tentative manquée.
Les lèvres d’Alsrick se tordirent en une moue moqueuse et cruelle, tandis qu’il levait un doigt.
_ Ne m’obligez pas à demander à mon ami nain de vous trifouiller la cervelle pour en extraire toutes les informations dont nous avons besoin, en vous brisant au passage.
Rire gras dudit nain derrière lui. Le sorcier pointa son doigt vers Elspyth, qui se saisit d’une petite baguette coiffée d’un cristal noir, et la posa négligemment au creux des reins du mage.
S’il avait pu bondir de son siège pour se rouler en boule et ne plus bouger pour ne plus ressentir l’ignoble douleur qui lui déchirait les entrailles, il l’aurait fait. Il ne put que se tordre au maximum et faire résonner un long cri torturé, le faisant pleurer et gémir comme un enfant. Un rire discret se fit aussi entendre, qui révulsa Erisdar tant il était faible et peu résistant. MacMillian reprit.
_ Vous voyez ce qui vous arrivera si vous ne nous dites rien ? Ce n’était qu’un petit avant-goût si vous vous entêtez. Maintenant, dites-nous où votre maudit maître a caché sa maudite pierre d’âme, par les Ombres cachées !
_ Jamais …. , dit-il, et ce faisant il se sut condamné aux abîmes de la douleur et de la folie.
Alsrick sourit, et ce fut également le début d’une longue, très longue nuit de torture, émaillée par les cris toujours plus rauques du supplicié, qui finit par avouer, presque à l’aube, où se situait la pierre, ainsi que le nom de son porteur. Il ajouta, en larmes, que la pierre n’était pas loin d’eux … mais rien sur ses dons, ou du moins, il espérait n’avoir rien dit. Il finit par se laisser tomber dans un sommeil épuisé, noir comme la mort, et empli de cauchemars peuplés de sorciers bruns armés de baguettes de douleur.

_____________________________________________


L’expédition commença immédiatement après l’aube, et finirent par le trouver, lui, l’Albatros, dans une clairière, endormi près des cendres chaudes d’un feu de camp. Il était plutôt élégant, malgré ses cheveux encre ébouriffés et les marques sur son œil gauche. Sur son annulaire gauche brillait un anneau de fiançailles. Un petit étui attira l’œil aiguisé de Lyran, qui s’en empara, aussi discret qu’une ombre, pour une fois, et l’ouvrit. C’était bien leur objet. Le blondinet, s’épousseta le front, puis sortit une réplique de la gemme, achetée sur un étal de Redshire pour une bonne trentaine de pièces d’or, et intervertit les deux pierres, ne prenant pas la chaîne d’argent. Lyran mit les voiles, laissant l’autre dormir tout son soûl, satisfait de ne pas l’avoir éveillé.

Il donna la pierre à Alsrick, juché sur sa monture sur une colline éloignée, qui lui sourit finement, et l’éleva dans la lumière rasante du matin. Le cristal transparent, taillé de manière classique pour un diamant, laissait entrevoir dans ses profondeurs une flamme bleu glace, immobile et endormie. A sa vue, Daldruuk murmura : « Y’a bien une âme dedans, et elle semble endormie. Mais sacrément puissante, ‘n’aurait dû voir qu’une étincelle, et on a un p’tit brasier. On va réussir avec ce mec ! ». Les autres murmuraient entre eux, heureux que l’affaire avance bien.
Alsrick ne disait rien, savourant ce début de succès. Il ne restait qu’à évoquer l’esprit, le mater, et et l’envoyer chercher la dame Lionheart. Et connaissant l’affection qu’il avait pour elle, ce serait du gâteau. Oui, du gâteau.

_____________________________________________

Citation :
A lord E.L., le salut. J'ai l'honneur de vous faire parvenir ce message, et vous assure que d'ici la semaine prochaine, le sujet sera libéré et ramené au Fort. Les derniers préparatifs sont en cours. Bien à vous, A.M.

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MessageSujet: Re: [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde   Dim 26 Aoû 2012 - 15:12

La Nuit du Témoin d’outre-tombe – Première partie.

Eirin.

_ M’avez-vous écouté, seigneur ? Cela fait déjà quatre fois que je vous répète que vous devez jouer la comédie à l’instant où je serais dans la salle !
Le prêtre était agenouillé dans un cercle de runes, éclairé par des bougies qui dispensaient une lueur violette et de lourdes senteurs d’encens. Il était seul, si l’on exceptait la langue de brume spectrale qui tournoyait de ci de là dans un autre cercle, pourvu de glyphes d’emprisonnement. De temps en temps, le spectre sans forme lâchait un petit rire, « s’amusant » à tester les parois immatérielles qui l’entourait et s’esclaffa :
_ Suis-je donc un poisson dans son bocal ? Haha !
_ Vous n’écoutez donc jamais rien, seigneur ! Les rumeurs qui vous disaient plus têtu que la mort elle-même sont tristement vraies !
_ Je t’ai écouté, Ranson, et j’acquiesce à tes propos. Et de deux, au sens propre comme au figuré. Et de trois, c’est … tellement … tellement … bon, il n’y a pas de mot pour décrire l’effet que me fait l’extérieur …
Le fantôme gloussa, ce qui attisa la flamme des bougies.
Bon sang, se dit Eirin, il parvient à les influencer alors même qu’il est enfermé hermétiquement dans un réseau de sceaux !
Des cris retentirent, appelant le prêtre à descendre avec la pierre d’âme immédiatement, quoique dans des termes bien moins élégants. Il se releva et contraignit le fantôme à regagner sa prison minérale, dans un faux concert de hauts cris d’esclave, où il y disparut, avalé. Un petit rire maléfique planait dans les airs. Ranson récupéra la pierre et ressortit, les traits tirés par l’angoisse et la fatigue.

La Fosse.

Chacun à sa place. Alsrick observait ses coéquipiers tracer les lignes avec fierté. Ensemble, sous son égide, ils avaient presque tout réussi. Ne manquait que la touche finale, ramener la dame Lionheart parmi les vivants. La grande salle commune de la ferme qu’ils avaient rénovée pour s’en faire un repaire était maintenant couverte de glyphes, de lignes et de contre-runes, sur le sol et les murs. Il y avait quatre cercles, le plus grand au centre, coupé en deux par une série de lignes qui se rassemblaient au centre pour évoquer un minuscule rond, là où la réalité se déchirerait pour donner passage vers le Néant Distordu durant quelques minutes, et trois autres autour, disposés en triangle, plus petits, mais scintillants comme le majeur d’un feu violet, l’ambiance rendue électrique par la magie réunie pour réaliser le sortilège. Alsrick et Eirin occupait chacun une moitié du cercle majeur, se faisant face, les trois autres dans les mineurs. Ce dernier tenait à bout de bras la pierre d’âme de leur « esclave » improvisé, pendue au bout d’un cordon de cuir, la gemme d’ordinaire transparente luisait désormais de pourpre, grâce aux multiples sorts qu’Eirin avait dû « employer » pour dresser l’âme à l’intérieur. Alsrick l’avait laissé œuvrer à son aise pour briser sa volonté, malgré les récriminations de Daldruuk, s’estimant plus à même de le faire. En face de lui, Elspyth lui souriait, et ce faisant, il lui répondit, heureux, mais légèrement stressé. La sorcière lui plaisait décidément, et elle était moins difficile à comprendre que Cederwynn. Même s’il n’arrivait pas à mettre des mots sur le pourquoi il était attiré par la foraine. Le style, le savoir, sans doute … Il dénoua le col de sa robe violette, et leva le menton vers Eirin, qui approcha la pierre et lui dit :
_ C’est à vous Alsrick. Nous vous donnerons toute l’aide qui est possible pour que vous réussissiez. Que les Ombres vous gardent.
Alsrick inclina la tête et tendit les doigts pour s’emparer de la gemme …

… Eirin lui tendait la pierre, se demandant si son plan et sa discussion avec le maître n’avaient pas été écoutées. Les yeux vert forêt d’Alsrick semblaient le dévorer, lui qui était tellement avide d’un avancement et d’argent dans son armée. Il ferait un corps parfait. Jeune. Élégant. Ne manquait que la force physique, qui viendrait, pour sûr. Il lui tendit la pierre avec la sensation de lui donner une bombe allumée. Les doigts fins du sorcier s’en approchèrent …

… Daldruuk observait leur manège en grommelant dans sa barbe cendrée. Ca ne lui plaisait pas du tout. Le protocole n’était pas respecté ! Qui plus est, il avait entendu ce chien de prêtre en haut en pleine discussion avec, semble-t-il, l’esprit dans la pierre. Magouille ! On ne trompe pas un Sombrefer en matière de coups tordus. Il s’apprêta à lancer une vigoureuse protestation quand Alsrick tendit la main vers la pierre.

Il toucha la gemme.

Un monstrueux coup de tonnerre silencieux ébranla la salle, embrasa les sens et la magie, et fut suivi, quelques battements de cœur après par une vague immatérielle de puissance qui jeta à terre les sorciers, les bougies, les livres et les candélabres, dans un fracas de fin du monde contenue dans un verre. Pour ceux qui purent le voir, au lieu de rester étendu à se tordre de souffrance, Alsrick était resté debout, les yeux grands ouverts, ainsi que sa bouche, sur un cri silencieux, la couleur de l’iris soufflée durant quelques fractions de seconde par une marée ambre, ou peut-être était-ce rêvé, tant c’était rapide. Une aura inconnue l’enveloppa, avant elle-aussi de disparaître, ou de se cacher, dans l’aura normale d’Alsrick, qui s’effondra en arrière, pris de convulsions. Eirin, Elspyth et Daldruuk se précipitèrent sur lui, tandis que Vincent s’employait à refermer la brèche sur le Néant, qui s’était ouverte on ne savait trop comment. Le prêtre fut sèchement repoussé de côté par le nain, qui posa ses larges paluches sur la poitrine agitée de soubresauts d’Alsrick. Il gardait les yeux fixés sur eux, sa peau bleuissait à vue d’œil, incapable de reprendre son souffle. Drevan cria :

_ Il s’étouffe !
_ J’ai vu, p’tite, ouv’lui l’col de sa robe, maintiens-lui sa tête de linotte et veille à c’qu’il n’s’étouffe pas ‘vec sa langue !

La sorcière s’exécuta, non sans caresser tendrement le front de son amour secret. Le Sombrefer appuya alors avec violence sur ses côtes, puis les relâcha, et recommença encore et encore, en rythme, jusqu’à ce que le malheureux sorcier prenne une déchirante inspiration non forcée et s’évanouisse ensuite, respirant lentement, un peu superficiellement mais plus naturellement. Il était devenu blême, trempé d’une sueur glacée, sous les yeux d’Eirin, éperdu. Tous se demandaient si cet accident porterait un coup d’arrêt à leur entreprise. Daldruuk secoua la tête.

_ Deux possibilités. Soit il a pas supporté l’entrée dans l’Néant. Soit il a ramassé une salop’rie qui passait dans le coin. ‘Vec l’esprit qu’on a pris, j’penche pour la deuxième option, par la barbe de Thaurissan, c’est pas passé bien loin …
Vincent et Daldruuk l’emportèrent dans une alcôve, celle où il dormait d’ordinaire, et l’étendirent sous des couvertures, en essuyant le sang qui coulait de ses poings serrés, la peau transpercée par ses ongles, tant il les avait serrés durant sa crise.

A l’instant où il toucha le cristal …

Je me sens comme aspiré dans une obscure bonde, hors de moi, et du non-moi qui était mon collier. Curieuse sensation d’arrachement sans dimension précise. A toute vitesse et toute allure, battez les tambours de guerre, à travers les couleurs et un mur blanc, qui se teint de noir quand je le percute et ne le percute pas, sans aucune place en moi pour la réflexion ou la peur. Rien que cette glissade-chute d’un monde à l’autre, froid et minéral vers chaud et organique. A pic. Encore. A travers le noir. Et au bout, tout au fond, un point blanc qui grossissait, grossissait. Coupure dans le vif.
J’ouvre les yeux, mais je m’aperçois rapidement que je ne les avais jamais fermés. Mais … quels yeux ? La tornade de la terreur m’emporte instantanément, en compagnie de la douleur. Lenteur ! Pesanteur ! Physique, incarné ! Et je suis …
La souffrance. Elle est toujours là, elle qui se taisait dans la tempête de terreur explose et me dévore en un éclair. J’étouffe ! Je ne sais plus quoi faire ! La panique me submerge de nouveau, je sens que je m’échine avec mes anciens dons à tisser je ne sais quoi d’un côté, tandis que de l’autre, je suis submergé de nouveau par cet effroi ancien, celui de mourir encore une fois. Elle me submerge, moi et … qui est-ce ? Une autre âme ? Ah, celle de l’occupant précédent, dont je devine l’effarement. Le temps ralentit. Dans une dimension onirique je le vois. Il me fait face et me dévisage, murmurant quelque chose. Plutôt joli, élégant. Pile ce qu’il me fallait. Alors que je le regarde, un autre sentiment m’étreint. Quelque chose d’incroyablement fort, et venu du plus profond en moi. La haine. La haine contre lui. La haine. Contre tous. Ceux qui étaient mes amis, ceux qui étaient ma famille. Tous. Haine et colère, marchant liées. Venez donc. J’aime votre force à vous deux. C’est ce qui devrait me donner suffisamment de force pour rester en vie. Je m’offre à la haine, et à la rage. Je n’ai plus peur. Je me tourne vers l’autre, et dans un mouvement d’une infinie vitesse, comme une vipère qui attaquerait, je l’englobe en moi. Il a peur. Il y a d’autres choses, le regret, de la vraie douleur sur notre torse.
Il m’observe avec la résignation des vaincus, et dans un souffle irrésistible de pouvoir et de haine je le brise, l’assimile, le réduit à l’état de particules que j’avale bien vite. Je vois. Je sais.
Je sais tout ce qu’il sait. Tout ce qu’il a été. Ses amis autour de moi. Je sais qui ils sont. Mais, curieusement, ça ne m’influence pas. Camoufle l’aura. Montre une image de l’âme de cet homme au nain. Caméléon. Ses pouvoirs s’ajoutent aux miens. Ombres et illusions. Intéressant …

Par les Ombres, cette souffrance cessera-t-elle un jour ?! Cet idiot de nain il … Ses coups. Sur mon torse. Ils me font trouver la clé. Clé de vie. Clé d’avenir. Mais elle est brûlante. Ardente. Trop loin … Trop dure … Je veux la prendre quand même … Je me sens sombrer … Je …
… prends une inspiration qui me détruit physiquement, comparable à un exploit impossible et terrible qui me laisse pantelant, et flottant sur des ailes de plumes noires. La vague rôde. D’autres inspirations et expirations suivent … mais je ne les sens plus … Nuit.

Mon nom est Alsrick MacMillian, alias Kiel d'Althain. Je suis né il y a trente-et-un ans en Gilnéas. Je plie les Ombres à mon contrôle, et joue avec les illusions. Je suis épris de Cederwynn Delabruine, sans espoir.
Aujourd’hui je meurs. Mon seul regret aura été de ne pas mourir étouffé sous une avalanche de pièces d’or. Et aussi de ne pas avoir avoué mon amour. Adieu … mes ombres … et mon amour …

Mon nom est Corwin d’Ambre Maerith. Je suis le Maudit, et le Serpent. J’ai vaincu la mort une deuxième fois, pour accomplir ma mission, sauver la dame Elizabeth. Et vivre ensuite. J’en suis secrètement amoureux, bien que le souvenir de mon ancienne femme, Stella, me hante à jamais.
Aujourd’hui, je vis. Je prends ma revanche sur ce monde. Et à commencer par les idiots qui ont cru m’asservir. Je vous hais tous. Sauf trois ou quatre personnes en ce bas monde.

Le douzième coup de minuit sonna.

_________________
"L'Archange Corwin passera avant la tempête avec des éclairs sur la poitrine. Quand il lui sera demandé où il va, il dira : "Aux extrémités de la Terre." où il se rend sans savoir quel ennemi l'aidera contre quel autre ennemi, ni qui la Corne touchera".
Roger Zelazny, Cycle des Princes d'Ambre, V
Kiel Reginald Bransian d'Althain, Duc d'Aiglepic, Seigneur Coeur-de-Lion.


Fingal d'Althain, héritier d'Aiglepic, fils illégitime de Kiel.
Juran Aubeciel, Evêque de Castafol-Aiglepic.
Erisdar d'Amblerash, Chancelier d'Aiglepic.
Renver Winterlake, Archonte du Renver.
Alistair Wakefield, docteur, alchimiste, apprenti ingénieur, aventurier doux dingue, allié des Valenfleur et des d'Althain, indépendant.


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MessageSujet: Re: [Alsrick MacMillian] La mariée du néant et son Chien de garde   Sam 1 Sep 2012 - 16:05

La Nuit du Témoin d’Outre-tombe – Deuxième partie.

Ad aeternam, ad perpetuam …

Enfin je m’éveille. Etendu, les bras en croix sur un tas de couvertures jetées sur un lit de camp grinçant, un drap effiloché sur moi. J’ignore l’heure qu’il est et me contente de me sentir vivant, incroyablement vivant, après plus d’une année à me traîner dans un cadavre. Mais je ne peux pas rester ainsi couché. En dessous, je bouillonne d’énergie, animale, et de haine sauvage. Je vais avoir du travail … Voyons … à quoi songeais-je avant de m’évanouir ?

Ah oui. Vengeance. Le doux mot. Contre eux. Je me relève à moitié … et lance mes mains à toute vitesse contre le mur pour me saisir de quelque chose qui puisse m’aider à rester droit. Vertiges ! Je me sens mal, tout bizarre. Avec ma résurrection, il semblerait que j’ai aussi récupéré tous les désavantages des vivants. Ma propre faiblesse me révulse. Cependant, cette force de haïr cet état des choses est un formidable moteur qui me pousse de l’avant. L’un de mes nouveaux moteurs, je comprends. De plus, je me sens merveilleusement chaud, ardent, de la tête aux pieds, à mille lieux du froid éternel de la peau d’Araéthurian. Je ferme les yeux et les rouvre. Colère et haine me porteront, et je m’immerge dans cet océan brûlant, m’en faisant un bouclier contre moi-même. Ce qui m’amène à songer à ce que je dois faire. Tout d’abord me venger. Ensuite, accomplir la mission du propriétaire précédent. Un plan donc. Déjà, j’épargnerai ce pauvre Erisdar qui m’a tant aidé par le passé. Je vais avoir besoin de lui. Tous les autres me sont inutiles.
Une douzaine de plans s’échouent sur les rivages chauffés à blanc de mon esprit. Je trie, j’analyse, j’assemble. Quelque chose de satisfaisant, sur tous les niveaux. Je me mets sur pied et empoigne plusieurs dagues à lame runifiée. Des couteaux sacrificiels. Qui s’accordent avec la première partie de mon plan.

Je sors de ma chambre, à pas de loup, un sourire que je sais être celui d’un prédateur aux lèvres …

Eirin était en train de rendre grâces aux Ombres pour avoir sauvé Alsrick de la mort. Il avait bien une idée de ce qui s’était réellement passé, mais certaines preuves lui assuraient pourtant le contraire. La pierre était toujours habité par la flammèche, et ça lui suffisait, bizarrement. Et son aura à Lui l’imprégnait toujours. Une petite voix en lui s’insurgeait contre cela, lui criant qu’il n’avait vu que des apparences. Il la fit taire. En pleine communion avec les Ombres, nulle pensée de ce type ne devait le déranger.
Il ne le sentit pas venir, malgré ses perceptions aiguisées.

Il se sentit projeté dans les airs et plaqué contre un mur, à quelques mètres du sol, bras en croix, avec brutalité. Il vit du coin de l’œil deux couteaux fuser vers ses paumes. La douleur fut bien au-delà de ce qu’il attendait, comme des crocs pourpres qui lui labouraient chacun de ses nerfs. Il voulut hurler. Rien ne sortit de ses lèvres déjà parcheminées. Il ne sentait même plus ses jambes … quelque chose avait dû se briser dans son dos. A demi-sonné, haletant, il releva un brin la tête, pour entrevoir le visage de son agresseur.

_ Alsrick ? Etes-vous devenu … fou ?

Ledit Alsrick pencha la tête de côté, tout en observant, en dévorant du regard sa proie piquée au mur, ses yeux débordant d’une haine effarante, et qui ne semblait pas être la sienne. Sa main gauche était levée, et, dans le semi-brouillard de sa souffrance, il voyait son apparence frémir de temps en temps, adoptant une couleur bleu sombre et les doigts une longueur improbable.
Une minute, se dit Eirin entre deux grognements de souffrance, il n’a jamais eu de don pour la télékinésie, ce garçon … La terreur agrandit alors le regard du prêtre, un effroi qu’il n’avait jamais ressenti auparavant.

_ Je me délecte de ta peur, vieillard. Ah, cela fait bien longtemps que je n’avais plus inspiré la terreur …

Cette voix était certes celle d’Alsrick, mais aucune trace de son phrasé si particulier de natif de Stratholme. Au lieu de cela, ses mots se paraient d’accents durs et brutaux, gilnéens à n’en plus douter. Il la reconnaissait maintenant, et il frémit un peu, tirant à ses mains une longue douleur, et des flots de sang carmin.

_ Qu’avez-vous fait … de l’esprit d’Alsrick ?

Il toussa un peu. A sa grande honte, sa voix était trop fluette et haut perché, très loin de sa voix habituelle.

_ Lui ? Je l’ai dévoré, et ses connaissances me sont bien utiles …

La sienne, était assortie à son sourire, vicieux, carnassier. Effroyable.

_ Qui êtes- vous désormais ? Vous ne pouvez pas être lord d’Ambre, il est toujours dans sa pierre d’â- …

Il sut qu’il avait posé le doigt sur une vérité essentielle, et formulait en lui-même cette pensée qui l’effarait tant elle était énorme.

_ Vous avez raison. Vous n’y avez vu que du feu, tous autant que vous êtes.

Alsrick … enfin, l’être qui avait pris son corps venait de compléter sa réflexion !

_ Mes dons … Ne me dites pas que vous ignoriez leur nature …
_ Vous manipulez les esprits par le vôtre …
_ Je suis maître de l’illusion, maintenant. Maintenant, espèce d’abruti congénital, écoute-moi bien …

Il s’approcha, et Eirin sentit sa tête se baisser vers lui, en même temps que son dos en sang et souffrant racler le mur en descendant.
Le sorcier lui murmura à l’oreille.

_ Je suis le monstre que vous avez réveillé. Tu voulais m’asservir après, mais tu as échoué. Je suis votre perte à tous. L’Arcane sans Nom, le Maudit. Oui, tu vas mourir cette nuit, grand-père aveugle, mais avant je m’amuserai avec toi. Et la miséricorde de l’inconscience te sera refusée …

Eirin voulut s’évanouir à l’instant-même où il prononçait ces venimeuses paroles pour ne plus ressentir sa propre souffrance, ses os brisés, et son supplice. Cela lui fut refusé. Il comprit alors avec horreur qu’il allait sombrer dans la folie avant de mourir.

Elspyth était couchée sur son lit de camp, au rez-de-chaussée, le regard dans le vide, à se demander comment Alsrick se remettait de sa mésaventure. Elle avait tellement eu peur lorsqu’il s’était étouffé, manquant de peu de mourir. Elle adorait l’éclat de ses yeux, son air perpétuellement blasé de tout, et ses mimiques. Il était diaboliquement élégant, et semblait répondre à ses œillades. Son cœur battait la chamade dès qu’il croisait son regard, et s’empourprait ensuite. Elle se rendit compte qu’elle avait besoin de lui. Vraiment. Maintenant. Alors Elspyth se leva et trottina vers les marches menant au premier étage, en veillant à ne pas alerter Daldruuk, Vincent, ou leur prisonnier, qui sommeillaient derrière. Elle le voulait. En terminer avec la solitude inhérente à tous ceux qui frayaient avec l’occulte. Elle le voulait tout contre elle, sentir la chaleur de sa peau et son parfum.
Elspyth posa la main sur le mur, l’esprit de plus en plus embrumé par des pensées troubles. Levant la tête vers les ténèbres, elle ne sursauta pas lorsqu’elle les vit.
Il lui semblait voir deux yeux brillant d’une lueur flamboyante dans l’obscurité.

Daldruuk leva le nez de son traité sur les liens spirituels alors que des cris et des gémissements étouffés se faisaient entendre à l’étage. Il grommela quelque chose à propos des amourettes entre sorciers et pensa immédiatement à Lyran. Il tourna la tête, sûr de ne pas le voir sur son lit.
Le néantomancien blond cendré y ronflait avec application, avec non loin de lui, toujours ficelé sur sa chaise, leur prisonnier, Erisdar qui somnolait. Dépité, le Sombrefer secoua la tête. Le vieux qui abusait de la gamine ? Sans doute, vu qu’Alsrick n’était pas encore en mesure de contenter une femme, pour l’instant.
Il se leva, bien décidé à ramener un semblant de correction dans cette ferme. Ils avaient quand même une réputation à défendre. Montant les escaliers, il constata que les cris avaient cessé. Néanmoins, Daldruuk voulait en avoir le cœur net. Il posa sa large main sur la frêle poignée de la porte et l’ouvrit doucement, la faisant grincer légèrement …



Pourquoi … m’a-t-il fait cela ? … Je suis … détruite … J’ai si mal … Si … honte …
Elle se replie en boule, incapable de penser. Incapable de parler. Elle ne veut pas se remémorer ce qu’il lui a fait subir. S’en rappeler est trop horrible. Elle ne sent ni son bas-ventre, ni son dos. Ni les larmes qui ruissellent sur ses joues. Elle est déchirée, son corps, son âme. Sa gorge seulement, d’avoir tant et tant hurlé, tout le long de la torture. Le pire étant le rictus vicieux et pervers qu’il arborait alors qu’il était sur elle. Le visage d’un monstre inhumain. Ce n’était pas lui … c’est un autre qui a pris ses traits. Elle veut s’en convaincre, et pourtant, la vérité est dure. Si dure …
Un bruit de pas dans les escaliers. Lourd. Qui fait craquer les marches de chêne vieilli. Le nain. Il va trouver le monstre … Qui l’attend. Grincement de la porte.
Elle ferme les yeux. Ne plus penser. Insignifiante.

Daldruuk ouvrit la porte, et se fit agresser par les senteurs douceâtres de l’amour et du sang versé. Il faisait sombre. Nuit noire. Il perçut aussi une puissance magique délirante dans la pièce, qui semblait s’attacher à lui. Le démonter, pièce par pièce, corps et âme. Un grognement torturé jaillit d’un coin situé sur sa droite, le faisant sursauter. Le nain grommela le seul sort de magie du Feu, et fit s’illuminer la chambre.
Il poussa un hurlement d’horreur.

Elspyth au sol. Nue, couverte de sang. Eirin, crucifié, tête pendante, quatre dagues plantées dans ses mains et ses pieds. Et en face, négligemment habillé, Alsrick, se faisant les ongles avec un couteau, un sourire carnassier sur les lèvres. Il releva la tête de ses activités esthétiques et dévisagea Daldruuk, toujours aussi pâle, le regard brillant.
Durant un instant, le spécialiste vit quelque chose qui n’était pas censé être. A la place d’Alsrick se tenait un homme, jeune, roux, aux yeux d’une étonnante nuance ambrée. Barbe taillée à la perfection, une noblesse évidente se lisant en lui. Puis l’image passa, et revoilà l’habituelle tête brune du sorcier.
Daldruuk se surprend à reculer et à détourner le regard, sachant pourtant qu’il s’agissait là d’une fatale erreur. Il entendit vaguement Eirin lui ordonner de fuir pour sauver sa vie. Mais ce fut tout. Il sentit le pouvoir de la créature en face de lui tourbillonner autour de lui, et se refermer sur une petite zone en lui. Qui lui fait immédiatement ressentir une souffrance absolue. Terrible. Au-delà des mots, au-delà des bornes. Il tomba à genoux, hurlant comme un damné, à s’en briser les cordes vocales, tandis que craquent ses côtes et se déchirent ses muscles et sa peau. Il crut que ses yeux allaient jaillir de ses orbites tant la pression qui s’abattait dans sa cage thoracique était effroyable. Plus de place pour la pensée construite et cohérente. Plus de place pour rien. Ne reste que la douleur triomphante.
Plumes noires. Brouillard pourpre. Quelque chose jaillira.

L’étonnement déchira ses traits lorsqu’il fit connaissance avec son palpitant qui frémissait à deux pouces de son nez épaté. Il baissa les yeux sur son torse, et ne vit que ses côtes explosées vers l’extérieur.
Fontaines sanglantes. Puis le noir. Tout doux et agréable.
Le cœur du nain voleta paresseusement vers la main tendue d’Alsrick où il s’y posa, comme un oiseau apprivoisé, sous le regard horrifié, révulsé, mais résigné, d’Eirin. Elspyth, inconsciente de tout cela, renifla.
Il le dévora. Sans aucune autre forme de procès.

Puis s’attaqua au reste du corps.

Eirin avait fermé les yeux pour ne pas voir. Mais il restait les bruits. Succions, craquements, secs ou mouillés. Il lutta pour garder son dîner, qui lui paraissait remonter à des temps antédiluviens. Sans succès.

Elspyth l’entendait … manger … quelque chose ou quelqu’un. Daldruuk … où était-il ? Peu lui importait. Si elle restait immobile à faire la morte, peut-être qu’il la laisserait tranquille. Pourquoi veut-elle s’accrocher, alors qu’il l’a violé ? Stupide instinct de survie …
Elle a froid maintenant, son cœur bat si douloureusement, si lentement, de plus en plus lentement … Puis le froid s’en va, comme la douleur. Elle baigne dans un merveilleux océan de douceur chaude, où elle s’y enfonce avec délice, toujours plus loin … Plus jamais … plus jamais … plus …

Deux faims d’assouvies. Ne manque que la touche finale. Je m’essuie vaguement le visage et les mains sur les frusques de mon dernier repas, à moitié entamé. Une barre de fer vole docilement jusqu’à ma main, vestieg de quelque ancienne œuvre de terrassement. Bien empoignée, je me lève et contemple le supplice d’Eirin, tout content. Une vraie réussite.
Il grogne en me voyant ainsi armé, et je lui murmure les derniers mots qu’il entendra de sa vie.

_ Dans une variante perdue de la langue gilnéenne, le zamoshit est une torture consistant à briser tous les os de sa victime avec une arme contondante. Je n’ai jamais essayé, auparavant. Tu vas m’être bien utile, Eirin chéri, un authentique cobaye pour me faire la main physiquement !

Je commence alors mon œuvre de démolition, sous ses hurlements qui se brisent rapidement, et les gémissements montant de ses os brisés un à un. Je commence à avoir mal aux épaules, je suis si peu musclé que ça ? Alors que ses jambes et ses bras ressemblent à des branches cassées, je lâche la barre, et me concentre, pour faire exploser, dans un effort de volonté, toutes ses vertèbres piquées d’arthrite. Ce faisant, il s’étouffe lentement, puis de plus en plus vite, jusqu’à ce que son visage ne soit plus qu’un vestige noirâtre. Fin.
Alors je prends une longue inspiration, et me mets à rire, longuement, comme avant. Quel bonheur.

Le soleil se lève.

___________________________________________________________________________

The runaway bride.

Je prononcerai chaque mot de l’invocation avec soin et déférence pour les puissances que je soumets et contrôle.
J’ouvrirai la brèche de la réalité vers le Néant, et vous rappellerai à moi dans un grondement en eredun, rauque et chargé d’une émotion certaine.
Quand vous passerez la frontière, vous serez au sein d’un cercle, éloigné de moi, et alors je refermerai la blessure, avec empressement mais aussi circonspection.
Quand la magie se sera dissipée, je me lèverai vers vous et vous prendrai dans mes bras en murmurant doucement votre prénom, le cœur étreint par l’émotion de vous revoir, saine et sauve, et par la satisfaction du devoir accompli.
Je prononcerai votre nom avec respect et affection, en souvenir de ce que nous avons partagé ensemble.
Elizabeth Lionheart.


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"L'Archange Corwin passera avant la tempête avec des éclairs sur la poitrine. Quand il lui sera demandé où il va, il dira : "Aux extrémités de la Terre." où il se rend sans savoir quel ennemi l'aidera contre quel autre ennemi, ni qui la Corne touchera".
Roger Zelazny, Cycle des Princes d'Ambre, V
Kiel Reginald Bransian d'Althain, Duc d'Aiglepic, Seigneur Coeur-de-Lion.


Fingal d'Althain, héritier d'Aiglepic, fils illégitime de Kiel.
Juran Aubeciel, Evêque de Castafol-Aiglepic.
Erisdar d'Amblerash, Chancelier d'Aiglepic.
Renver Winterlake, Archonte du Renver.
Alistair Wakefield, docteur, alchimiste, apprenti ingénieur, aventurier doux dingue, allié des Valenfleur et des d'Althain, indépendant.
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